De la légitimité égalitaire au totalitarisme revanchard


« On ne naît pas homme, on le devient ». L’exhortation fondatrice d’Érasme, Simone de Beauvoir en fit un « mot » : « On ne naît pas femme, on le devient ». Un « mot » bientôt pris… au mot par la déviance féministe.

L’existence ne devait plus son sel, sa qualité, à une visée humaniste. La seule possession d’un vagin suffirait comme guide ! La construction sociale suppléerait donc l’effort authentiquement personnel.

Sur ses rails nouveaux, la micheline fila bon train. Réclamant l’égalité en droits et devoirs pour tous, son terminus paraissait légitimé. Mais vieux comme le monde, le carburant puisait sa source dans l’antagonisme, le ranci rapport de forces.

Car si la femme n’avait pas davantage voix au chapitre, bon sang mais c’était bien sûr, la faute en revenait à la dictature masculine. Mieux, la dictature du machisme !

Et c’est ainsi que votre fille était muette.



Elle file, file, file la micheline ! Et gare à l’impudent qui la prétendrait folle : le néo-féminisme obtient sa tête sans procès.

Elle file, brûlant les signaux de bon sens, seulement appliquée à observer deux règles d’or.

D’abord s’évertuer à nourrir l’antagonisme en marquant les camps au fer rouge du manichéisme. Les boucs à gauche, les brebis à ma droite. A gauche, diabolisé, le camp du mâle convoquant sans scrupule l’ensemble des poncifs disponibles : Voici l’homme !  Sale, violent, prétentieux ; lâche, de préférence égoïste, généralement alcoolique. Bien entendu entièrement gouverné par son sexe. Sa bassesse est confirmée par son matérialisme

A droite, le ciel reçoit « la femme », vierge non, martyre oui. Car « la femme » se proclame victime par destination. C’est là sa gloire, sa flétrissure admirable. On ne juge pas une victime, on saigne à mort le présumé coupable. Alors peut-on dérouler fiévreusement à sa victime le tapis rougi de la réhabilitation.

L’heure de la revanche intronise « la femme » comme vache sacrée.

 Mais attention, vache hybride. Un corps perpétuellement outragé par la domination machiste ; une tête supérieure. Supérieure en quoi ? En tout, voyons ! Des preuves ? L’évidence en dispense ! Voici « la femme » ! Délicate, douce et dévouée ; courageuse, de préférence altruiste, généralement modérée. Bien entendu entièrement gouvernée par son cœur. Son élévation se remarque à sa haute spiritualité. Plus adroite au volant, plus intelligente, plus sensible, plus artiste, plus apte aux décisions…  Plus ceci – qualités ; moins cela – défauts.

La sacro-sainte opposition  récite ses commandements : Affirmer, de démonstration te dispensera. Et de vérité ne te soucieras. Sans retenue, le camp d’en face diaboliseras. Et sans nuance péroreras. Sur la cécité du public, compter tu pourras. Quoi que tu fasses, admiration comme impunité obtiendras.

Stigmatiser à outrance, construire sur les ruines de l’adversaire enfin terrassé, affirmer sans démontrer. Relayé par une presse servilement aux ordres de la bienpensance.  Heureusement d’ailleurs *.

Telle se présente le féminisme contemporain, carillonné par l’ensemble de la pensée unique.



Cette pratique d’opposition commande donc de répondre par un excès à un excès supposé. En aperçoit-on les résultats. Des voix, parfois, tentent de remettre la micheline folle sur les rails du bon sens. Et notamment des philosophes de gauche. Citons Élisabeth Badinter – son « Fausse route » ; Sophie Agacinsky, madame Jospin ; Michel Onfray ; Julien Dray… L’écho de leur sagesse s’entend à peine. Pourtant… La farce de la parité politique impose des pouvoirs à des mains souvent incapables. La « féministe politique » montre à satiété ses défauts – agressive, menteuse, malhonnête, arrogante cite le magazine Elle peu suspect de complaisance masculine *. La « femme politique » est un homme comme les autres. Garantie d’impunité en prime.

Jusqu’alors, les fonctions, les mandats, les charges, les gouvernails recherchaient la compétence, la pertinence, le bon sens, l’expérience. Aux oubliettes, ces gros mots. Le pouvoir, les rênes, les lauriers ont choisi d’autres Nord sur lesquels se guider : le pôle féminin ; une garantie de qualité sui generis !

Ciel à droite. À gauche le diable.

Voué aux gémonies, le cheptel masculin s’abîme sous l’ostracisme. Tourné en dérision par la publicité. Quasiment toujours dénigré par films et livres. Grugé systématiquement par la justice de la famille. Interdit de présomption d’innocence par cette même justice. Avec pour conséquence cette terrible dévaluation du rôle du père – concomitante sacralisation idiote de la « mère célibataire ». Dérives à suivre : délinquance exponentielle d’une jeunesse sans repère ni autorité.

On ne naît pas homme, on le devient, plaidait l’humanisme : se construire comme être humain; exister par ses actes… La féministe contemporaine vise à ras-de-terre : exister en tant qu’individu social, non différencié par une authenticité intérieure ; se construire sur ses déterminismes !



Advienne le temps de la raison. Le temps où l’être humain ne se définira plus sur mais avec ses déterminismes. Le temps où il existera, non comme insecte social, mais comme personne, construite selon une authenticité intérieure. Le temps où il se définira par l’exercice utile de ses talents, non la configuration d’un organe sexuel.

Advienne le temps où le sexisme vaginocrate s’abîmera à son tour, laissant émerger l’égalité non entre des sexes mais entre des personnes, différentes par nature sur certains aspects physiques et physiologiques, complémentaires, mais avant tout immensément semblables.

Advienne le temps où le terrorisme féministe s’abîmera donc, laissant travailler conjointement non plus des adversaires, mais des partenaires. Des personnes égales en valeur, en droits, en devoirs, mais non en toutes capacités ; et certainement pas réductibles à une couleur de peau, une profession, une confession, une erreur ; pas plus qu’à la configuration et l’appétit d’un organe sexuel.